Les nouvelles batteries « fabriquées en Europe » rendront-elles les voitures électriques plus chères ?

Produire des batteries en Europe afin de réduire la dépendance envers l’Orient est l’un des objectifs principaux de la politique industrielle de l’Union européenne, mais un problème majeur subsiste : fabriquer des cellules sur le Vieux Continent coûte actuellement bien plus cher qu’en Asie. Cela signifie que si Bruxelles incitait les constructeurs à utiliser des composants produits localement, le prix à payer pourrait également retomber sur les automobilistes.
C’est Bruegel, l’un des principaux centres de recherche économique européens basés à Bruxelles, qui a soulevé cette question. Ce dernier a mené une étude selon laquelle l’utilisation de cellules « Made in UE » pourrait entraîner une augmentation estimée à environ 2 100 euros pour chaque voiture électrique produite. Un montant loin d’être négligeable, surtout pour les modèles les plus économiques, où quelques milliers d’euros peuvent faire la différence entre un prix compétitif et un prix hors de portée du marché. Cela est d’autant plus vrai face à la Chine, dont l’arme principale réside justement dans la maîtrise des prix.
D’où provient ce coût supplémentaire ?
Le calcul part d’une différence dans les coûts de production eux-mêmes. Selon l’analyse de Bruegel, les batteries achetées sur le marché international peuvent coûter environ 50 euros par kWh, tandis que celles produites en Europe atteindraient environ 85 euros. Une différence de 35 euros par kWh, appliquée à une batterie de 60 kWh, représente donc un coût supplémentaire moyen de 2 100 euros, tandis qu’une voiture « petite » destinée à l’usage urbain, dotée de batteries de 30 à 40 kWh, entraîne également des coûts supplémentaires de plus de 1 000 euros.
Mais pourquoi ? La réponse vient de la Commission européenne, qui le 4 mars 2026 a présenté le Industrial Accelerator Act, une proposition législative visant à renforcer la production industrielle au sein de l’Union et à réduire la dépendance aux importations dans des secteurs jugés stratégiques. Cela inclut l’industrie automobile, avec une attention particulière au développement de la mobilité électrique.

MAN Norimberga, le site de production des batteries pour camions électriques
Foto de : MAN Truck & Bus
Cette mesure, qui n’est pour l’instant qu’une proposition et non encore une véritable réglementation, introduit des critères relatifs à l’origine européenne des produits dans le cadre de certaines formes de soutien public, des achats par les administrations et des mécanismes d’incitation. Pour les véhicules concernés, elle prévoit un assemblage final dans l’UE et, selon les cas, des exigences concernant l’origine des composants ; pour les batteries en particulier, un seuil initial de trois composants principaux d’origine européenne est fixé, y compris les cellules. À une étape ultérieure, ces exigences deviendraient plus strictes, exigeant au moins cinq composants, parmi lesquels les matériaux actifs du cathode et le système de gestion de la batterie.
Cependant, dans l’évaluation d’impact de la loi Industrial Accelerator Act, la Commission européenne elle-même reconnaît que, en 2023, les coûts moyens européens de production des batteries étaient presque 50 % plus élevés que ceux de la Chine, et ce en tenant compte de la même chimie de base.
Le paradoxe des voitures électriques abordables
L’objectif industriel est compréhensible : les batteries représentent l’un des composants les plus coûteux des voitures électriques, et leur production est principalement concentrée en Asie. Dépendre des importations signifie être exposé aux fluctuations des prix, aux tensions commerciales et aux perturbations éventuelles des approvisionnements. Ainsi, créer une chaîne de production européenne permettrait de réduire ces risques, de créer des emplois et de conserver une plus grande partie de la valeur industrielle au sein de l’Union.

Le pack batterie de la Renault Twingo E-Tech Elettrica (2026)
Photo de : Renault
Le développement de cette chaîne de production nécessite des investissements, des capacités de production et du temps. Entre-temps, les constructeurs doivent faire face à un marché où le prix d’achat reste l’un des principaux obstacles à la diffusion des véhicules électriques. Le risque est donc de créer un paradoxe : rendre plus coûteuse la technologie que l’on souhaite promouvoir, justement au moment où l’industrie tente de proposer des modèles électriques de plus en plus abordables.
Comment réduire l’écart
Les efforts de Bruxelles ne se concentrent pas uniquement sur les exigences de production locale : en juin 2026, la Commission a officiellement créé le Battery Booster Facility, un outil qui mobilise jusqu’à 1,5 milliard d’euros pour soutenir les fabricants européens de cellules par le biais de prêts sans intérêts.
L’objectif est d’aider les entreprises à surmonter la phase la plus coûteuse du lancement et de l’expansion des usines, en atteignant des volumes de production suffisants pour concurrencer les grands acteurs internationaux grâce aux économies d’échelle. L’innovation, l’automatisation et l’augmentation des volumes ont le potentiel de réduire considérablement les coûts élevés en Europe.
La question, donc, n’est pas nécessairement de choisir entre des batteries européennes et des voitures électriques abordables, mais de comprendre combien de temps il faudra pour que les premières puissent contribuer à rendre les secondes compétitives, et qui assumera les coûts de cette transition industrielle.
Batteries « fabriquées en Europe », qu’est-ce qui freine leur développement ?
Fotogalerie : MAN Nuremberg, la production de batteries pour camions électriques