Les déchets de l’Europe créent de la valeur ailleurs

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Comment la loi sur l’économie circulaire peut fournir les outils nécessaires pour développer l’industrie du recyclage en Europe, afin d’assurer un accès aux minéraux essentiels.
Le recouvrement de matériaux issus de produits à la fin de leur vie utile, tels que les voitures et les batteries, constitue un moyen clé pour obtenir de manière résiliente et durable ces minéraux cruciaux. Cependant, l’industrie du recyclage en Europe a du mal à se développer et à concurrencer sur le plan mondial. La loi sur l’économie circulaire peut et doit fournir les outils nécessaires pour soutenir un développement efficace de la capacité de récupération et de recyclage des matériaux en Europe.
Au moins 60 % de la masse noire en Europe quitte l’UE pour y être traitée ailleurs.
En 2024, de l’aluminium recyclé d’une valeur de 2,4 milliards de dollars a été exporté depuis l’UE.
La Chine détient 94 % de la capacité mondiale de récupération des matériaux utilisés dans les batteries.
La raison d’être de la récupération de tous les minéraux critiques importants issus des véhicules en fin de vie et des batteries usagées est évidente. Grâce à une recyclerie accrue, l’Europe peut réduire ses importations de minéraux critiques tels que le nickel et le cobalt, diminuant ainsi ses dépendances extérieures. Une recyclerie plus importante peut également limiter le besoin d’extraction primaire, offrant une source de minéraux critiques plus durable.
Cependant, l’industrie du recyclage en Europe a du mal à se développer. Les recycleurs européens de batteries et d’aluminium manquent des matières premières nécessaires, car d’énormes quantités de véhicules en fin de vie, de batteries usagées, de masse noire et de déchets métalliques sont exportées hors de l’UE pour y être traitées ailleurs. Au moins 60 % de la masse noire européenne quitte l’UE, ce qui correspond à environ 150 millions d’euros de matériaux par an. Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, car beaucoup plus de masse noire quitte l’UE, dissimulée sous différents codes douaniers et impossible à tracer.
Si rien n’est fait pour limiter les fuites de masse noire et que nous continuons à exporter au moins 60 % de notre masse noire, ce chiffre ne fera que croître. Selon les estimations actuelles de la production future de masse noire en Europe, on peut s’attendre à ce que au moins 200 kt de masse noire quittent l’UE en 2030, provenant des matériaux de batteries récupérables de près de 1,7 million de voitures. Au prix actuel de la masse noire, cela pourrait équivaloir à 1,1 milliard d’euros de matériaux.

De plus, en l’absence d’une chaîne de valeur des batteries en Europe, la demande de matériaux recyclés sera faible sur le continent. Afin de développer efficacement son industrie du recyclage, l’Europe devra relocaliser l’intégralité de cette chaîne de valeur. Cela inclut en particulier les étapes intermédiaires, telles que les matériaux actifs des cathodes et leurs précurseurs (pCAM). Cette partie de la chaîne de valeur est cruciale, car ce sont eux qui deviendront les acheteurs pour les recycleurs de l’UE.
Finalement, les recycleurs européens ont du mal à concurrencer sur le plan mondial, en raison de coûts énergétiques plus élevés et de délais de projet allongés. Les entreprises qui recyclent en Europe ont besoin d’un soutien financier ciblé, ainsi que de mesures pour réduire les risques et d’un appui industriel afin de pouvoir concurrencer sur la scène mondiale.
Fondamentalement, nous devons voir dans nos déchets une opportunité économique plutôt qu’un fardeau environnemental. Ce rapport examine comment la future loi sur l’économie circulaire peut favoriser un changement de mentalité et fournir les outils nécessaires pour soutenir l’industrie du recyclage en Europe, assurant ainsi une capacité efficace de récupération des matériaux dans le continent.
Recommandations clés
Afin de limiter les fuites de matériaux et de soutenir l’industrie du recyclage en Europe, T&E préconise :
De limiter les fuites de matériaux en dehors de l’UE. Les masses noires ainsi que les déchets d’acier et d’aluminium ne devraient pas être exportés hors de l’UE, sauf s’ils doivent être traités par des installations européennes à l’étranger ou si leur exportation profite à la chaîne de valeur des batteries en Europe. Une application stricte des règles, des définitions claires ainsi que des restrictions à l’exportation, comme des interdictions ou des taxes, sont nécessaires.
Stimuler la demande de matériaux recyclés localement. Le CEA devrait proposer une modification ciblée de l’article 8 du Règlement européen sur les batteries (2023/1542) afin d’introduire une exigence de contenu pour les batteries à base de matériaux recyclés au niveau de l’Union. Cela encouragerait le développement des capacités de recyclage et de raffinage en Europe.
Créer un véritable marché unique européen pour les déchets. Le CEA devrait modifier le Règlement sur les transports de déchets (WSR) afin de simplifier les transports intra-européens de flux de déchets contenant des matériaux à risque élevé. Ces flux de déchets devraient être exemptés de la procédure de notification écrite préalable et de consentement, et faire l’objet d’une procédure d’information simplifiée.
Critères harmonisés pour la fin de vie des déchets. Le CEA devrait harmoniser et assurer l’application stricte de critères pour la fin de vie des déchets contenant des matériaux à risque élevé, accompagnés de directives d’application pour les États membres.
Les règles relatives aux contenus locaux prévues par l’IAA devraient être élargies pour inclure le matériau actif cathodique précurseur (pCAM), afin de garantir une industrie européenne solide de fabrication de composants pour batteries ainsi qu’une industrie du recyclage compétitive. Des incitations destinées au pCAM, ainsi qu’au matériau actif anodique (AAM) et aux matériaux bruts essentiels (CRM), devraient être mises en place à partir de 2032 comme troisième mesure.
Article de T&E. Lisez le rapport complet.
Source: CleanTechnica